Et si on adoptait un bout de Marseille ?

Rêvons un peu : et si on vous proposait d’adopter une rue, un lieu-dit, un bout de chemin de Marseille afin de conserver ces espaces propres et entretenus tout au long de l’année ? Et si les associations locales se voyaient offrir de parrainer des lieux plus complexes à entretenir ? Telle rue ou telle place verrait alors une petite plaque apposée sur l’un de ses murs ou de ses bancs avec le nom de l’association qui, à titre bénévole, l’entretien… Car Marseille n’est rien sans ses habitants. Et elle a bien besoin d’eux.

CCCU-DoingMyPartA Marseille, justement, on se souvient du triste exemple de la Halle Kléber (13003) : « Financé par Euroméditerranée à hauteur de 1,6 millions d’euros, cet équipement public a été livré en 2010. Jamais inauguré par le maire, il est resté fermé deux ans avant qu’une solution ne se dessine. » Suite à des dégradations, les portes sont soudées. Problème de gestion, comme le rapporte Marsactu. Voilà donc un espace public de 950 m², rénové en square avec jeux d’enfants par Euroméditerranée pour 1,6 millions d’euros, outil majeur dans le tissage de liens sociaux (gens du quartier, scolaires, familles, Maison pour tous…) qui est resté fermé pendant des années car les collectivités se renvoyaient la balle pour l’animer, l’entretenir et la sécuriser… alors qu’il aurait été si simple de lancer une sorte d’appel d’offre auprès du monde associatif afin de confier la gestion à une association, à la manière d’un sponsoring. Mais à Marseille, en l’état, ce genre d’idée tient plus du rêve que de la réalité…

CCCU_15toclean_312x187Ce rêve, les États-Unis et le Canada l’expérimentent pourtant depuis 1980. Outre-Atlantique, il est question d’Adopt-a-Highway et Sponsor-a-Highway. Oh, bien entendu, USA oblige, il y a eu quelques dérapages plus que douteux, comme lorsqu’en 2005, l’American Nazi Party (!) adopta une rue pas loin de la ville de Salem, Oregon. Idem en 2012, avec le KKK… Difficile, cependant, de s’attendre à de telles provocations en France… à condition de rester vigilant.

river_valley_clean_up_430x200Au Canada, la ville d’Edmonton (capitale de la province de l’Alberta, 812 000 habitants), va un peu plus loin : là-bas, l’équipe municipale a lancé un grand programme, le Capital City Clean Up. Destiné à tous – des particuliers aux professionnels en passant par les associations locales et les scolaires – Edmonton propose de rejoindre le CCCU : par exemple, « 15 to Clean Challenge » encourage les habitants à prendre 15 minutes pour nettoyer tel ou tel lieu ou simplement de prendre le temps d’appeler le 311 pour signaler un graffiti ; « Adopt a Block » se rapproche du concept d’Adopt-a-Highway ; « Graffiti Clean Up Kits » est un kit gratuit mis à la disposition de tous après avoir dûment rempli un formulaire justifiant l’utilisation de ces outils anti-graffitis ; « River Valley Clean Up » est destiné à aider la ville a nettoyer les abords des rivières… Il s’agit là d’actions simples, peu coûteuses (que ce soit pour la municipalité ou les habitants, ce qui revient au même puisque, rappelons-le au marseillais : plus votre ville est sale, plus vous payez pour la nettoyer !).

On est donc loin des gentils « conseils » éculés (car ces derniers devraient être aujourd’hui des automatismes viscéraux) du site www.marseille.fr (« Je trie mes déchets ménagers, recyclables, encombrants ») qui renvoie lui-même au site informatif non moins passif de MPM : http://trionsnosdechets-mpm.fr (« Je prends un panier ou un cabas pour faire mes courses… Cela évite d’utiliser les sacs de caisse »)… Et pourquoi pas « Je ne jette rien par terre », pendant qu’on y est ?

RecordReportRemove234X80Malgré nos sollicitations afin de connaître les résultats d’une telle démarche, l’équipe municipale d’Edmonton nous renvoie poliment vers leur site. On y trouve effectivement quelques chiffres et le mot du maire d’Edmonton (depuis 2004), Stephen Mandel, dans une newsletter datée de 2011 : « 2010 a été l’une des années les plus réussies de l’histoire du programme Capital City Clean Up avec près de 1000 « adoptants de quartier », 170 écoles et 18 initiatives de prévention et d’élimination des déchets et graffitis. Nous avons  réussi à réduire les déchets de 29 pour cent et Edmonton remporté le prix national 2010 Communities in Bloom pour la propreté ! ». Puis, en 2012, on apprend, toujours d’après le maire, que 1100 « adoptants de quartier » ont rejoint le projet (100 de plus qu’en 2011) ; que le nombre d’entreprises sponsorisant des lieux est passé de 65 en 2011 à 87 en 2012 ; que 95% des partenaires médias de 2011 ont renouvelé leur confiance au programme en 2012 ; que le vandalisme par graffiti a été réduit de 43% en 2011…

En fouillant bien le net, on apprend du Edmonton Journal qu’en 2008, « il coûterait environ 3,5 millions de dollars pour transformer le succès de Capital City Clean Up dans un programme dans toute la ville l’année qui comprend le ramassage des déchets en hiver, selon un rapport publié aujourd’hui. ». Une goutte d’eau dans un budget astronomique comme celui de MPM : 1690 millions d’euros en 2011. A se demander comment est utilisé l’argent des marseillais !

Bon, alors, on bouge ? En famille, entre amis ou voisins, avec une association ou un collectif… Le banc des boulistes gravé ou tagué ? Un petit coup de pâte à bois et de peinture ! L’énigmatique « Eugène » peint sur un mur ? Demandons un kit anti-graffiti ! Les abords de l’Huveaune dégueulassés ? Heu, bon, là, y’a du boulot…

Bien sûr, cela ne remplacera jamais le travail des collectivités (à condition que celles-ci soit compétentes, ce qui n’est pas totalement le cas à Marseille). Mais peut-être est-ce là le moyen le plus sûr de sensibiliser concrètement le plus grand nombre à prendre soin de leur ville pour eux comme pour les autres (au hasard… les touristes : rappelons par exemple que l’activité croisière à Marseille est en constante progression avec +38% par rapport à 2012. Ceux sont aussi eux qui renvoient une image de la ville et de ses habitants à l’international). Et retisser des liens sociaux en mettant en commun des forces qui ont tendance à s’individualiser dans les grandes métropoles (cf. les idées du Collectif du 1er juin qui met l’accent, par exemple, « sur la nécessité d’embaucher les jeunes des cités où ont lieu des chantiers de rénovation ou de construction »). Surtout quand on sait par exemple que les pollutions récurrentes des plages marseillaises ne sont en réalité pas du seul fait des marseillais eux-mêmes mais aussi des localités environnantes qui ne font pas le travail, comme on a pu le voir récemment avec – entre autre – Aubagne ou La Penne-sur-Huveaune…

Alors, à quand Marseille, Capitale de la Propreté et du Lien Social ? Du rêve ? Après tout, pour pouvoir être propre, il faut avoir été sale…

Adopt-a-Highway  – Le site dédié d’Edmonton

FP

Publicités
Cet article a été publié dans Espace public, Idées d'ailleurs, Propreté, Vie publique. Ajoutez ce permalien à vos favoris.

Un commentaire pour Et si on adoptait un bout de Marseille ?

  1. Fred dit :

    Excellent article !
    Personnellement, je le fais déjà, seul. M’attirant rires et moqueries de nombre de mes fréquentations qui me voit le faire.
    En rentrant chez moi le soir, je ramassent toutes les canettes, les bouteilles, les plastiques posés sur les rebords de fenêtres, les paliers, les placards techniques et les dépose au recyclage. Je décolle les affiches collées nimporte où, mets dans les containers les sacs poubelles posés à côté, etc.
    J’ai récemment vu le patron d’un nouveau snack ouvert rue Saint-Saëns (Tombiq Döner) faire de même sur son trajet en allant jeter ses poubelles.

    Comment lancer ce type d’initiatives ?

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s