Marseille : vers la fin du tout voiture ?

Marseille s’est développée de manière irresponsable ces cinq dernières décennies. La ville a fait venir les autoroutes jusqu’en son centre, se livrant entièrement aux voitures et aux camions. Les espaces piétons ont été réduits à quelques trottoirs étroits. Les arbres ont été coupés pour ne pas gêner. Même le tramway a été mis hors service dans les années 1950 pour faire place aux automobilistes. Marseille aurait pu avoir 50 années d’avance. Au terme de ces 50 années de pure folie, la ville a au contraire pris le chemin inverse pour accumuler 50 années de retard.

Le résultat est catastrophique : la cité phocéenne se distingue aujourd’hui dans toutes les mauvaises catégories :

– Elle est désignée comme la ville la plus polluée de France en 2011 par l’Organisation Mondiale de la Santé

– Elle est considérée comme la ville la plus embouteillée de France en 2012 par le groupe TomTom

– Elle reçoit le prix du « Clou rouillé » en 2013 par la Fédération des Usagers de la Bicyclette pour sa politique de pistes cyclables

Le parvis de la Major coincé au milieu des voitures un weekend de mariage. © Mathieu Grapeloup | Marseille à la loupe

Le parvis de la Major coincé au milieu des voitures.
© Mathieu Grapeloup | Marseille à la loupe

Ces quelques distinctions qu’on préfèrerait oublier reflètent une réalité qu’on ne peut plus ignorer. A ne rien faire, on joue avec la santé des Marseillais et on plombe l’attractivité de la ville. Fatalement, Marseille se retrouve en 2013 tout en bas du classement des villes préférées des Français. Le tout voiture n’explique pas à lui tout seul le désamour du pays pour la cité phocéenne mais il mérite qu’on se pose la question : comment une des plus belles villes du monde a-t-elle pu devenir un tel repoussoir ?

Pendant longtemps les Marseillais ont refusé de regarder ailleurs, de constater l’écart qui se creusait avec le niveau de vie des autres métropoles. Une situation abracadabrantesque s’est mise en place : on a laissé la voiture devenir la reine indétrônable du centre-ville. Tout le monde y a trouvé son compte : les accros de la voiture comme les élus qui n’oublient pas que les automobilistes sont avant tout des électeurs.

Mais aujourd’hui la comparaison avec des villes comme Paris, Lyon, Bordeaux ou Montpellier n’est plus soutenable et les autorités semblent avoir pris la mesure de la catastrophe dans laquelle ils nous ont précipités. Impossible d’effacer des décennies de politiques urbaines incohérentes en un coup de baguette magique mais on devine enfin une certaine volonté d’inverser la tendance.

Les trottoirs du Vieux-Port ont été élargis pour faciliter la promenade.

Les trottoirs du Vieux-Port ont été élargis pour faciliter la promenade.
© Mathieu Grapeloup | Marseille à la loupe

Le Vieux-Port a vu disparaitre ses huit voies de circulation pour redevenir une véritable agora. On a élargi les trottoirs quai du Port et quai Rive-Neuve. Les quartiers du Panier, de Noailles et de Belsunce se semi-piétonnisent au fil du temps. L’immense esplanade du J4 a fait son apparition au pied du MuCEM. Des voies de circulation sont peu à peu interdites aux voitures pour privilégier la fluidité des bus. En quelques mots, à force d’efforts et de courage politique, le centre ville de Marseille redevient agréable pour les piétons.

Mais on est encore très loin de la fin du règne de la voiture. 50 années de mauvaises habitudes sont passées par là et les Marseillais ne sont pas près de lâcher leur bolide auquel ils sont très attachés. Ici, la voiture est symbole de sécurité pour les quartiers sud et de liberté pour les quartiers nord. Pour changer les mentalités, il faudra d’abord convaincre.

Comment convaincre ? Avec une politique cohérente. Rien de bien sorcier mais, vu le retard pris à Marseille, ça pourrait prendre du temps.

Développer les transports en commun

Il faut avant tout offrir une alternative aux automobilistes en développant les transports en commun. N’avoir que deux lignes de métro dans la plus grande ville de France (par la superficie) n’est plus tenable. Il faut désenclaver les quartiers nord en les reliant au centre et au sud. Les récentes propositions de faire monter le métro jusqu’à l’hôpital Nord et Château-Gombert vont dans le bon sens. Le prolongement du tramway vers Saint-André au nord et Saint-Loup au sud est également indispensable. Enfin, des dessertes vers les Catalans et la Friche Belle de Mai seraient bienvenues mais ne rêvons pas trop vite.

Développer les pistes cyclables

Les Marseillais jouissent d’un climat exceptionnel. Le retard pris dans l’utilisation du vélo est à peine croyable tant les éléments sont pourtant avec nous. Les vélos en libre service étaient jusqu’à cette année interdits à la location à partir de minuit. Une aberration à laquelle MPM a mis fin en avril. Mieux vaut tard que jamais (mais tard quand même). La ville propose aujourd’hui une centaine de kilomètres de pistes cyclables (souvent bricolées et incohérentes) alors que Paris disposerait de 700 km. Le fossé est vertigineux mais il est encore possible de se ressaisir.  Pour cela, les autorités doivent cesser d’oublier systématiquement les pistes cyclables dans leurs nouveaux aménagements (mettez-vous un post-it !) et continuer de multiplier les bornes à vélos. Pas seulement au centre-ville. Au nord et au sud aussi.

Une rue de Noailles semi-piétonnisée, loin des voitures. © Mathieu Grapeloup | Marseille à la loupe

Une rue de Noailles semi-piétonnisée, loin des voitures.
© Mathieu Grapeloup | Marseille à la loupe

Développer les espaces piétons

Toutes les grandes villes françaises ont développé un grand centre ville piéton où il fait bon se promener. Jusqu’ici, Marseille faisait figure d’exception. La donne est en train de changer avec l’achèvement de la première phase des travaux sur le Vieux-Port et la semi-piétonisation des quartiers autour de la Canebière. Il faut poursuivre cette tendance et ne rien lâcher. Elargissement des trottoirs, diminution des voies de circulation, piétonisation de l’espace… plus la balade sera agréable, plus les Marseillais abandonneront leur voiture pour marcher. Si les revêtements pouvaient être de qualité (c’est-à-dire différent de l’habituel goudron noir ou rouge), on prend aussi.

Développer le stationnement ailleurs que sur les trottoirs

Dans la ville durable du futur (proche), la voiture a vocation à être renvoyée en périphérie ou sous terre. C’est le grand défi du Marseille de demain. Aujourd’hui, les places de parkings souterrains sont hors de prix et les parkings relais en périphérie pratiquement inexistants. C’est donc sans scrupules que les automobilistes décident de garer leur voiture un peu partout et surtout n’importe où. Trottoirs et places piétonnes deviennent des parkings improvisés dans des proportions à la limite du ridicule. Cette attitude est appuyée par le laxisme assumé des autorités. Répression et solutions alternatives abordables doivent remettre de l’ordre dans tout ça.

Mettre fin au règne de la voiture à Marseille va donc être un travail de longue haleine. Impossible, dites-vous ? Cette année 2013 nous a prouvé qu’impossible n’est désormais plus marseillais. Alors haut les cœurs et en avant !

Mathieu Grapeloup | Marseille à la loupe

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3 commentaires pour Marseille : vers la fin du tout voiture ?

  1. Jourdan dit :

    Parfaitement d’accord avec le constat. Pour cecqui est de la politique actuelle, tant de MPM que de la Mairie, je suis helas moins optimiste que Mathieu. La volonte de reduire le tout bagnole n’est ps manifeste, c’est le moins qu’on puisse dire……

  2. HH dit :

    « Marseille s’est développée de manière irresponsable ces cinq dernières décennies. La ville a fait venir les autoroutes jusqu’en son centre, se livrant entièrement aux voitures et aux camions. Les espaces piétons ont été réduits à quelques trottoirs étroits. Les arbres ont été coupés pour ne pas gêner. Même le tramway a été mis hors service dans les années 1950 pour faire place aux automobilistes. Marseille aurait pu avoir 50 années d’avances. Au terme de ces 50 années de pure folie, la ville a au contraire pris le chemin inverse pour accumuler 50 années de retard. »

    Jusque dans les années 80 Marseille a fait comme partout ailleurs, la suppression des tramways, le tout voiture, les autoroutes urbaines (voies sur berges à Paris, Corniche ici), autoroutes jusqu’au centre ville, etc…
    Un début de virage a été pris au début des années 80 avec la création du métro puis… plus rien.

    La ville s’est alors endormie, pour ne pas dire encroûtée, pour se réveiller 25 ans plus tard avec la gueule de bois et des aménagements dignes des années 60 (les 9 voies de circulations du quai des Belges, une seule rue piétonne – St-Fé -, etc.), et la bagnole partout, jusqu’au plus petit centimètre carré de trottoir.

    Avec 25 ans de retard sur les villes innovantes, 15 à 20 ans sur les autres, Marseille a engagé une mise aux standards urbains actuels de son centre ville. Car nous sommes dans le rattrapage, pas dans l’innovation. Et pendant ce temps les autres villes continuent d’évoluer, et parfois/souvent plus vite que ce Marseille ne tente de rattraper son retard.
    En clair on est passé ailleurs aux éco-quartiers, quand ici Euroméditerranée continue à couler son béton.
    Et s’il y a des changements à Marseille, ils concernent principalement le Vieux-Port et la Joliette, pour le reste de la ville il ne se passe pas grand chose… bref, ce n’est pas gagné.

  3. Electeur du 8e dit :

    La « semi-piétonnisation », c’est aussi une spécialité bien marseillaise. Comme il s’agit de ne surtout pas gêner les automobilistes, on a inventé ici des espaces « semi-piétonniers », où les piétons sont censés être prioritaires sur les bagnoles – mais où, en fait, c’est l’inverse qui est vrai…

    « Toutes les grandes villes françaises ont développé un grand centre ville piéton où il fait bon se promener. » A Marseille, on fait de la « semi-piétonnisation » pour que le centre ville reste un endroit où les piétons restent à la merci des bagnoles.

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