Marseille 2014… toujours Capitale ?

Le MuCEM restera sans doute l’emblème de l’année Capitale Européenne de la Culture.

Le MuCEM restera sans doute l’emblème de l’année Capitale Européenne de la Culture.

Marseille Provence 2013 (In et Off) file droit vers un indéniable succès (plus de 7 millions de visiteurs à la mi-octobre) et quelques couacs (une fête d’ouverture trop sage ; une TransHumance mémorable mais fastidieuse car trop ambitieuse ; une Europride honteusement sabordée par des organisateurs totalement à côté de la plaque) ne sauraient masquer une majorité de réussites (Marseille n’a jamais été autant visitée et les retours semblent majoritairement excellents).  Même une délégation de députés européens venus visiter la ville (en vue de redéfinir le label Capitale Européenne de la Culture) a qualifié le résultat d’exemplaire. Au point que le député européen espagnol, Santiago Fisas, impressionné, a comparé la transformation de Marseille avec celle que vécut Barcelone (sa ville natale) en 1992. On connait la suite (avant/après Barcelone : ici ou ). Mais attention à ne pas oublier le Nord… Alors la Capitale de la Culture telle qu’on l’a vécue (voire expérimentée) cette année, sera-t-elle pérennisée en 2014 ? Cette crainte de voir Marseille passer à côté d’une vraie révolution est dans tous les esprits. Encore faut-il que deux ingrédients soient encore disponibles l’année prochaine : une véritable volonté culturelle (et non un cache-misère) et des moyens. C’est d’ailleurs le sujet d’une réunion qui aura lieu le 15 novembre prochain à la Préfecture. Et, comme vous le verrez, l’association MP2013 a rédigé une note sur l’après-2013.

Culture municipale

En mars prochain, Marseille connaîtra des élections municipales. Autant dire que la Ville a tout intérêt à communiquer dès maintenant pour profiter de l’euphorie culturelle ambiante et repousser au plus vite la crainte que 2014 devienne une sacré gueule de bois. Ainsi, forte d’une fréquentation de ses musées plus que doublée (530 000 visiteurs début octobre contre 220 000 en 2012) la municipalité a déjà dévoilé plusieurs expositions – dont une majeure – qui se dérouleront en 2014 : Visage : Picasso, Magritte, Warhol… s’installera pendant quelques mois à la Vieille Charité (à la fin de l’année, c’est Visions Huichol, un art amérindien, qui prendra sa suite) une exposition de 90 grands peintres et 150 œuvres complétée par Visages : Au commencement…, qui prendra place au Musée d’archéologie méditerranéenne et au Musée des arts de l’Afrique, de l’Océanie et des Amériques (MAAOA). Autre grand événement culturel, qui verra le musée Cantini rendre hommage au  peintre surréaliste belge Paul Delvaux (L’expo César se poursuivra par ailleurs jusqu’en mars 2014). Du côté du Musée des beaux-arts, c’est le retour des collections habituelles (1500 pièces) après un Grand atelier du midi finalement réussi (220 000 visiteurs au Palais Longchamp). Le Musée d’histoire naturelle proposera quant à lui Des océans et des hommesMarseille et l’Armée d’Orient viendra compléter le déjà très riche Musée d’histoire (MHM). Le musée Borély, fort de sa réouverture et de sa renaissance cette année, verra deux expositions (Mode et champs de course et Jade) prendre place au château. Au Préau des Accoules, c’est A vos souhaits ! qui explorera, en deux parties, la thématique du porte-bonheur. Enfin, le Musée d’art contemporain (MAC) ne sera pas oublié – comme il l’a trop été ces dernières années, même si Le Pont lui a permis de retrouver sa place en 2013 : il proposera « une plongée dans l’univers d’Andy Warhol ».

Deux pass culturels sont d’ores et déjà prévus : le Pass’ musées annuel (30€/20€) est (enfin !) disponible depuis septembre et Je t’emmène au musée, qui permettra aux scolaires d’offrir deux bons de réduction à leurs proches, le sera en novembre 2013. De quoi ramener toute la famille au musée !

Le retour des « sales gOFFes »

Côté OFF, c’est Marseille 3013 (en référence à Lille 3000 – projet culturel qui permet à la capitale du Nord de faire fructifier l’année culturelle 2004 – mais version marseillaise « toujours plus ») qui proposera 4 axes pour que l’aventure dure au moins mille ans (enfin… au moins les deux années à venir) : Plein de bouche, la Cagnasse, Plage des Prophètes et Villecontreville. Promettre (meeting électoral «festif» lancé une semaine avant les élections), s’intégrer à la ville (reconquérir l’espace public), accessibilité à la mer et « bus enchanté » pour tisser du lien culturel et social : quatre paradoxes et quatre projets phares, encore en cours de finalisation (et de financement). Si on recherche de l’originalité en 2014/2015, c’est ici qu’on devrait la trouver. Certes, on est loin des grands rassemblements du IN (en même temps, comment les 450 000 euros de budget peuvent rivaliser avec 91 millions ?) mais Marseille 2013 OFF a tout de même su s’imposer (Yes We Camp, par exemple, fut un vrai succès. À renouveler) et ce bien avant que le IN ne déploie les presque 300 pages de son programme.

J1 : les jeux ne sont pas (encore) fait

En 2014, le GPMM s’installera au J1. Le Grand port maritime de Marseille, propriétaire des lieux, récupérera son immense hangar après avoir lancé un appel d’offres dont on connaîtra les candidats retenus courant 2014. On parle d’activités de grande plaisance, histoire de compléter les Terrasses du Port. Et surtout concurrencer La Ciotat. Tout sauf du culturel, hélas. Même la boite de nuit que les noctambules marseillais guettent comme le messie semble avoir été oubliée (et elle n’ira pas non plus se loger sous les saintes Voûtes de la Major)… Pas même un casino, qui s’installerait finalement on ne sait trop où, entre J4 et J1. Dommage : les 220 000 visiteurs du J1 en 2013 avaient découvert un lieu culturel magnifique et les marseillais s’y étaient attachés. Ils se consoleront jusqu’à la fin de l’année avec Le Corbusier.

Culture(s) en Friche… ou en jachère ?

Et si c’était dans ce lieu à première vue improbable (une ancienne Manufacture des tabacs de Marseille longtemps laissée à l’abandon) que Marseille avait – enfin – trouvé son cœur culturel ? Investie par les artistes dès 1992, il fallu du temps pour que la ville s’y intéresse de près et encore plus de temps pour qu’une rénovation complète soit engagée. Mais le résultat est à la hauteur : la création artistique multidisciplinaire à Marseille, ça se passe là. Dans un des quartiers populaires qu’on dit un des plus pauvres de France (« des conneries d’inventions de journalistes pour vendre du papier sur la misère des gens« ). Certains y verront un simple aspirateur à bobos. La réalité est un peu différente même si la Friche de la Belle de Mai ne doit jamais oublier de tendre la main aux plus pauvres car c’est avant tout à eux que ce vivier culturel doit s’adresser (« l’égal accès de tous, tout au long de la vie, à la culture, à la pratique sportive, aux vacances et aux loisirs constitue un objectif national. Il permet de garantir l’exercice effectif de la citoyenneté« ). Sans quoi, la gentrification (ce phénomène qui voit les plus aisés s’approprier un espace urbain originellement habité par les plus pauvres ce qui a pour conséquence de repousser ces derniers aux portes de la ville, là où la vie est plus acceptable économiquement) guette. A condition que les habitants jouent le jeu. Car l’élan doit être réciproque. Pour celà, côté Friche, il faut investir dans des opération culturelles ouvertes au plus grand nombre, à l’intérieur comme à l’extérieur. En 2013, la Friche a fait le plein (200 000 visiteurs rien que sur le 1er épisode de l’année culturelle). Souhaitons qu’il en aille de même en 2014 (malgré le départ brutal de la directrice du Pôle théâtre, voir plus loin). D’autant que le groupe de parlementaires européens en visite à Marseille en parle comme d’un « projet exemplaire d’intégration d’un quartier populaire« .

Putain c´qu´il est beau, mon MHM!

Marseille avait déjà un musée d’histoire municipal très intéressant. Mais il était sombre et peu attractif. Roland Carta est passé par-là (après une sublime rénovation et réinterprétation du fort Saint-Jean). Résultat : en comptant le Jardin des vestiges, le MHM devient le plus grand musée d’histoire de France et d’Europe. Clair, aéré, vivant et pédagogique, il enterre définitivement la précédente mouture, s’ouvre – à la manière d’une boutique – sur la galerie marchande du Centre Bourse (lui aussi, en pleine rénovation, histoire de lutter dignement contre les Terrasses du port et le renouveau des Docks), propose un auditorium, une librairie, une bibliothèque, le nec plus ultra des écrans numériques et raconte brillamment aux touristes (et aux habitants qui « découvrent » leur ville) les 2600 ans d’histoire de Marseille. Résultat : depuis son ouverture en septembre, le MHM a attiré 45 000 visiteurs en un mois et demi, soit 8000 de plus que n’en attirait le musée d’origine… en un an ! Objectif : 120 000 visiteurs annuel. C’est Laurent Védrine, talentueux conservateur, qui est le plus heureux. Pourvu que FO ne lui fasse pas de saloperies, comme ils en font régulièrement dans les bibliothèques municipales où les directeurs passent difficilement l’hiver et où aucune décision n’est prise sans l’aval du syndicat… Lire à ce sujet Marseille gâche ses talents culturels ou comment une conservatrice en chef d’État à la Bibliothèque de Marseille, aujourd’hui à la retraite, décortique les pratiques mafieuses de Force Ouvrière. A noter que le musée proposera régulièrement des expositions temporaires dont, en 2014, « Marseille dans la grande guerre« , un projet participatif labellisé sur le plan national par la Mission du centenaire de la Première Guerre mondiale.

Deux outsiders régionaux

FRAC (Fond régional d’art contemporain), Villa Méditerranée (ex : CEREM) : la Région s’est dotée de deux bâtiments culturels phares (et coûteux). Si on peut sincèrement se demander pourquoi le porte-à-faux de Stefano Boeri s’est installé à côté du MuCEM (« c’est Euroméditerranée qui a décidé ça« , répond Michel Vauzelle) et à quoi il sert véritablement ou encore si le FRAC (régional, donc) de Kengo Kuma jouera collectif avec le MAC (municipal), on constate néanmoins que l’un comme l’autre commencent doucement à prendre leurs marques, la Villa (175 000 visiteurs) accueillant le gratin politique que compte l’Europe et la Méditerranée et le FRAC ouvrant un peu plus la ville à la notion d’art contemporain (un coup de tramway et on y est !). Deux bâtiments de haut standing, coûteux et ostentatoires. Mais la région semble avoir les moyens de les entretenir. Pourtant, pendant ce temps, Cinémémoire se meurt

Un mastodonte national

Côté musée national, l’ogre MuCEM (Musée des Civilisations d’Europe et de Méditerranée) poursuivra sans trembler sa course folle en 2014. Il suffit de se promener à ses abords un week-end de ce doux mois d’octobre (25°C !) pour avoir l’impression de se trouver en plein mois d’août, au plus fort de la saison 2013 : foule dans le Fort Saint-Jean rénové par Roland Carta, foule fourmillante sur les passerelles, foulissime à l’intérieur et à l’extérieur du bébé de Rudy Ricciotti… 1 250 000 personnes l’ont visité depuis juin (le temps de l’écrire et ce chiffre a sans doute déjà explosé). Un succès incontestable avec un budget de fonctionnement – 20 millions d’euros à la charge de l’état et non des collectivités locales – assez costaud (ce qui n’empêche pas leurs ressources humaines de l’État de débaucher des Bac+3/4 au SMIC). Si Le Noir et le BleuUn rêve méditerranéen et Au Bazar du genre, Féminin – Masculin en Méditerranée se termineront en janvier 2014, Le monde à l’envers – Carnavals et mascarades d’Europe et de Méditerranée et Volubilis, une histoire du goût en Méditerranée prendront la suite à compter du 25 mars 2014. Sans parler des projections de films, des concerts, des conférences, des rencontres, des lectures, des…

Théâtre(ssss)

Si Marseille a du mal avec ses cinémas (le collectif espère toujours voir débarquer MK2 sur la Canebière – à condition que la Ville fasse un effort – ainsi que le complexe de Luc Besson, sans ses dauphins…), son offre théâtrale est assez conséquente et a, dit-on, plus d’abonnés qu’il n’y en a au Stade Vélodrome : la Criée, le Gymnase, Toursky, l’Odéon, le Merlan, le Silo, Lenche, l’Antidote, l’Archange, le Cabaret Aléatoire, Sylvain, Mazenod, les Bernardines, Nono… et j’en passe, et des plus petits. Mais survivront-ils tous à 2013 ? Car alors que le budget était de 10 millions d’euros répartis entre chaque théâtre, l’arrivée de nouveaux lieux additionnée à une augmentation des coûts de production et un budget municipal stable inquiète. Qui va payer pour les autres ?

En 2013, le théâtre de la Minoterie (ou Joliette-Minoterie) a rouvert ses portes… à la Joliette (13,9 millions d’euros ; budget de fonctionnement : 819 000 euros). Calé entre les Docks (dont la spectaculaire rénovation devrait être achevée en 2015, histoire de faire le poids face aux Terrasses du Port de Hammerson – 2 millions d’euros de budget sur 4 ans pour animer le centre -, un ogre commercial et un futur temple de la consommation, prêt à avaler marseillais et croisiéristes), ce « nouveau » lieu culturel (doté de deux salles, d’un café et d’une bibliothèque de plus de 9000 « pièces de théâtre, des ouvrages théoriques et des revues dédiées au spectacle vivant« ) devrait trouver son public avec une saison 2013-2014 alléchante. À la Friche de la Belle de Mai, ce sont deux salles (370 et 150 places) de théâtre qui viennent, elles, de naître : les Plateaux (coût : 4,6 millions d’euros, financés par la ville et l’État). C’est la directrice des lieux, Catherine Marnas, qui a initié la création de ce bel ensemble conçu dans une structure en bois. Las, elle quittera le navire en fin d’année pour rejoindre Bordeaux où elle est, dit-elle, attendue. Contrairement à Marseille où « Jean-Claude Gaudin, [elle ne l’a] jamais rencontré« . Elle reprochait aussi au Ministère de la Culture de la précédente majorité d’avoir lancé le projet sans prévoir de budget. Ambiance. Mais l’espoir demeure : une coopérative de producteurs de spectacles régionaux devrait être mise en place histoire de mutualiser les moyens. Idée que Marnas avait visiblement repoussée, refusant que sa compagnie participe au financement comme conseillé par l’État.

Le OFF à long terme

Marseille 3013 « entend capitaliser sur sa Capitale culturelle en appelant de nouveau au mécénat, mais également en essayant de valoriser ses créations, des prototypes (biens et services), tels que bar démontable ou chaise de surveillance de bains, susceptibles d’intéresser des entreprises. » Ça semble un peu brouillon dit comme ça mais l’équipe du OFF a toujours su gérer un projet (budget 2013 : 450 000€) certes bien aidé par les bénévoles (alors, Marseille n’est pas une ville fraternelle ?) financé à 67% par le privé et 33% par le public (Conseils régional et général), qui a fait le plein (90% des événements) et attiré grosso-modo entre 120 et 150 000 personnes. Et au passage, comme en janvier dernier, le OFF a encore grillé la politesse à l’association MP2013. Pour le reste, la bonne gestion du OFF devrait attirer quelques sponsors privés en 2014, qui permettront d’huiler un peu plus une mécanique qui a bien fonctionné en 2013.

Le IN… Quel IN ?

Avec un site internet recevant 270 000 visites par mois, 70 000 abonnés à sa newsletter et 142 000 fans sur Facebook, MP2013 risque de briller par son absence en 2014. Pourtant, un budget a bel et bien été voté pour 2014, estimé à 1,25 million d’euros. On est loin des 91 millions de 2013 (ou des 12 millions d’euros de Lille Fantastic, en 2012 qui ont fait polémique) mais il y a de quoi faire un ou deux grands rassemblements comme les marseillais en attendent (il semblerait qu’on se dirige vers une parade navale tous les deux an, en 2015 et 2017). Celle de 2013, labellisée MP2013 ayant eu du succès, les deux autres participeraient à la mini-capitale culturelle en 2015 (voir plus bas) et à une hypothétique capitale du sport en 2017…). Prémisses d’un équivalent IN marseillais de Lille 3000 ? Selon une note interne (11 pages) de l’association MP2013 obtenue par Télérama, quelques pistes commencent à se dégager. D’abord, l’auteur du document (Jacques Pfister, président de la CCI Marseille Provence et de Marseille-Provence 2013) titré « Bâtir l’après 2013 » rappelle combien 2013 a prouvé que le public avait eu une part prépondérante dans le succès de l’événement culturel : expos, grands rassemblements… autant d’événements (bien souvent gratuits) indispensables à la réussite de l’après-2013. Ensuite, Pfister évoque la pérennisation des nouveaux équipements (voir plus haut). Il est intéressant de retenir que l’association pousse vers l’atypique, citant pêle-mêle des lieux ou des événements tels la Friche de la Belle de Mai, le J1, le GR 2013, Yes We Camp, Révélations (le groupe F, au passage, clôturera l’année culturelle à Marseille avec un grand spectacle pyrotechnique comme ils savent si bien le faire)… Comme le souligne Télérama, Marseille a obtenu plus de succès dans l’original que dans la « consommation culturelle traditionnelle« . Intéressant aussi, la volonté de la note d’appeler à pérenniser les temps forts thématiques (danse, cirque…) mais aussi Quartiers créatifs. Histoire de faire pénétrer la culture de manière plus fructueuse au plus profond des 111 villages Marseillais (histoire, aussi, de se rabibocher avec des associations des quartiers Nord qui se sont tout bonnement retirées du projet accusant MP2013 de faire du cache-misère pour mieux faire passer certaines rénovations urbaines controversées). Et de la future métropole (Pfister est un pro convaincu). Et tout ça, c’est prévu pour… 2015 ! Ah bon ? Et 2014, ça sera au pain(ceau) sec et à l’eau ?

Grands événements, petit budget ?

On l’a dit, la Ville a préparé de belles expos pour 2014 (et MP2013 vient de rédiger une note d’intention). Mais au-delà de ces dernières – obligatoires pour toute Capitale de la Culture qui désire poursuivre l’aventure à la suite de l’événement labellisé – y aura-t-il aussi un ou deux rassemblements populaires – hors 14 juillet – de grande ampleur tels Entre flammes et flots (420 000 flâneurs), TransHumance (300 000 spectateurs) ou encore le show de la Patrouille de France et de ses voltigeurs (200 000 admirateurs) dont les succès ont été de formidables moyens de (re)tisser des liens (Marseille, quand elle est unie, est invincible) et de fédérer culturellement les Marseillais autour d’un même totem ? Sans doute. Mais ces grands rassemblements ont tendance à exploser les budgets. Comme le signale MarsActu, MP2013 accuse un « déficit estimé à 3,1 millions d’euros »  (ou 2,9 millions d’euros selon la Provence) sur un budget global de 91 millions d’euros : un week-end d’ouverture plus fastueux – bien qu’imparfait – que prévu (surcoût : 620 000 euros), le budget du protocole pour la (non) venue de François Hollande, « une rallonge accordée pour la communication (près de 100 000 euros) », Transhumance (surcoût : plus d’un million d’euros), l’exposition Méditerranée au J1 (moins-value : 917 000 euros, notamment à cause de nombreuses entrées gratuites qui ont fait baisser sensiblement le prix moyen), le Grand atelier du Midi (objectif surestimé, moins-value : 1,7 million d’euros) et le mécénat manquant (503 000 euros). De quoi refroidir les ardeurs des élus et autres décideurs. On sait pourtant, via Télérama, qu’« élus et décideurs politiques sont en effet fascinés par le succès des grands rassemblements populaires qui ont émaillé l’année capitale »… La preuve : toujours selon la note de MP2013, Lieux Publics (Champs harmoniques, Métamorphoses, A table !, Détournement et retournement de Canebière, Ville éphémère, le Grand Bavardage, Stars on stairs…), Karwan (la Folle histoire des arts de la rue) ou encore Marsatac sont convié par MP2013 à (organiser) une grande fête (sans doute découpée en plusieurs événements distincts). Hôteliers et restaurateurs peuvent déjà se frotter les mains. Et qui sera aux manettes de tout ça puisque, nous l’avons dit, MP2013 sera dissoute en 2014 et qu’il faudra bien financer de tels événements ? Hé bien il semblerait qu’on se dirige non pas vers une association MP2014 mais plutôt vers un Groupement d’Intérêt Public (GIP) avec des membres publics forts comme le MuCEM (l’État) ou la Villa Méditerranée (la région) et bien entendu, des entreprises partenaires privées (lesquelles ?).

MP2015 ?

L’année 2014 ne servirait-elle finalement pas de tremplin culturel à 2015 ? Après tout, comme le souligne Télérama, Lille, depuis 2004, a « réédité l’événement en 2006, 2009 et 2012« , soit tous les 3 ans. Et, justement, Marseille, à travers la note du boss de la CCIMP, semble se diriger plutôt, dans un premier temps, vers « une mini-capitale culturelle condensée sur trois ou quatre mois« . Pourquoi pas, à condition que 2014 soit suffisamment riche culturellement pour ne pas laisser retomber le soufflé de 2013. Point positif : si la note de Pfister est forcément un condensé de pistes possibles, on voit que la direction prise est tout à fait valable. Mais, comme le dirait Pape Diouf, il y a loin de la coupe aux lèvres…

Quid du financement et avec quelles retombées ?

En 2014, le budget du Ministère de la Culture poursuit sa cure d’austérité (- 2,8%). « Et pour l’après 2013, le privé devra prendre le relais » confirme Aurélie Filipetti, ministre de la Culture. Pourtant, avant même le début de l’aventure culturelle, on nous assénait une vérité : pour 1 euro investi, 6 euros de retombées économiques sont attendus, soit 600 millions d’euros. Sauf qu’aujourd’hui, on nous parle plus de moins-value et de budget excédé que de jackpot. Bien entendu, si l’association MP2013 (dissoute en fin d’année) perd de l’argent, il semblerait bien que les commerçants, tout le moins les cafetiers,  restaurateurs (enfin, ceux qui étaient ouverts les soirs de grand événements…) et hôteliers aient réussi leur saison. Mais ceux ne sont certainement pas eux qui vont financer le programme culturel de 2014. Et au-delà. Alors, l’année prochaine, la Ville, les collectivités locales (Conseils régional et général…) et l’État suffiront-ils pour financer les manifestations culturelles ? Sans doute pas.

Quand le privé entre en mé(s)cène

On l’a dit, en 2014/2015, un GIP pourrait remplacer l’association MP2013 et s’entourer du MuCEM, un musée national qui développe par ailleurs une politique de mécénat – sur laquelle on ne sait finalement pas grand chose. Son président, Bruno Suzzarelli, dit qu’elle est « prometteuse« . On apprend sur le site que les deux grands mécènes officiels ne sont autres que des bétonneurs : Lafarge et Vinci. Il est aussi question d’un cercle des Amis du MuCEM qui permet (contre une contrepartie financière) d’impliquer le grand public comme les PME dans la vie du musée. Mais le MuCEM développe aussi « une politique de commercialisation de ses espaces en vue de développer la part de son autofinancement« . Arrondir ses fins de mois, autrement dit. Mais aussi financer l’après-2013.

Ce qu’il restera de 2013. Ou pas

Récemment, La Provence tentait de lister ce qui resterait de 2013… en 2014. Nous savons d’ores et déjà que le successful Pavillon M (plus d’un million de visiteurs entre janvier et octobre), sorte de showroom/carte postale de Marseille,  sera démonté à la fin de l’année. Mais une partie sera conservée sous la place Villeneuve-Bargemon pendant que l’assemblage pourrait éventuellement se retrouver du côté d’Euromed… La City Navette électrique qui, pour 0,50€, a transporté tant de touristes épris de culture risque de disparaître corps et bien : destinée uniquement à MP2013 (alors même que certains chauffeurs interpellent sympathiquement des passagers heureux pour qu’elle soit pérennisée), elle n’est pas assez rentable. Le TGB 82, moins pittoresque mais plus titanesque la remplacera sans mal. La Digue du Large (40 000 visiteurs !) ne sera rouverte qu’à la condition que quelqu’un finance les navettes qui, seules, peuvent y accéder… La Maison diamantée, un des joyaux architecturaux et historiques de la ville (construite à la fin du XVIème siècle) a servi de QG à MP2013… ce qui – un comble ! – en a empêché l’accès pour les touristes ! Elle restera occupée jusqu’en avril. Quant au fameux J1, très sollicité en 2013 (plus de 220 000 visiteurs), il faudra attendre l’appel d’offre.

Conclusion

Marseille, malgré la crise et la campagne municipale à venir – forcément tendue -, a toutes les cartes pour jouer un rôle majeur dans la culture européenne (voire mondiale avec un MuCEM se classant dans les 50 musées les plus visités au monde). Si la question du financement de 2014 et des années à venir n’est pas encore clairement réglée, s’inspirer de la réussite de Lille 3000 (en évitant, tout de même, de tomber dans le simple placement de produits qu’attendent souvent les financiers venus du privé) semble une bonne idée. D’autant qu’il faut absolument pérenniser les nouveaux lieux culturels. Et soutenir les anciens.

A la lecture des annonces culturelles récentes, le Collectif Marseille Mission Possible appelle tous les acteurs à lire attentivement les propositions suivantes et, dans le cas où elles trouveraient leurs faveurs, à les appliquer :

  • Dans l’optique d’une mini-capitale en 2015, Marseille ne doit pas faire l’impasse sur l’année 2014 afin de confirmer l’impulsion donnée en 2013
  • Tous les lieux culturels mis en valeurs en 2013 doivent être pérennisés et développer des liens forts entre eux (FRAC et MAC, MuCEM et MHM…)
  • Le J1 doit devenir un lieu touristico-culturo-festif, en accès libre
  • Un modèle économique de la culture existe, Marseille OFF l’a prouvé. Il doit donc servir de mètre étalon
  • Les manifestations culturelle du territoire métropolitain doivent s’inscrire dans la durée et non se limiter au direct après-2013
  • Le futur GIP devra toujours maintenir l’équilibre entre financement public et privé
  • Les grands rassemblements populaires doivent être annualisés
  • Les grands oubliés de 2013 (Mémorial de la Shoah, MAC, HipHop…) doivent être mis à l’honneur en 2014 et au-delà
  • Il doit y avoir des passerelles entre sport et culture de manière à ce que la candidature MPSPORT2017 ne se limite pas à une capitale bis mais à un complément cohérent
  • Les quartiers excentrés de Marseille, du Nord au Sud, de l’Est à l’Ouest, doivent bénéficier des mêmes moyens que le Centre-ville
  • Intégrer pleinement l’archipel du Frioul aux futures propositions culturelles et y consacrer au moins un évènement (type Révélations) comme ce fut le cas avec le Château d’If
  • Mettre en valeurs les grandes figures nationales/internationales nées à Marseille : Pierre Puget, Fernandel, Louis Jourdan, Maurice Béjart, Honoré Daumier, Dubout, Antonin Artaud, Louis Brauquier, Jean-Claude Izzo, Sébastien Japrisot, Marc-Édouard Nabe, Edmond Rostand, André Suarès, Euthymènes, Pythéas, Paul Ricard, Paul Carpita, Le Chevalier Roze, Monseigneur de Belsunce, Vincent Scotto, Charles Camoin, César Baldaccini, Henry de Lumley, Jean Bouin…
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2 commentaires pour Marseille 2014… toujours Capitale ?

  1. Monika Mars dit :

     » Mission possible « , ces deux mots correspondent à ma philosophie,
    et plus encore à mon action. Créer, grâce à la musique, langage universel, des rencontres ouvertes à tous, vectrices de lien social à gogo, c’est MA mission, possible depuis un an et demi.
    Si vous me permettez une question : les mots « scène », « libre », « ouverte », « musique », « musicien » sont autant de colles pour votre moteur de recherches. Ai-je tort de m’en étonner ?
    Aux aventuriers des partages tous azimuts, je souhaite la bienvenue dans l’univers 100% marseillais de ZEROSONO.FR 🙂 ♫♪♥♫♫♪♥♪♫
    Musicordialement
    Monika

  2. Electeur du 8e dit :

    Marseille 2014, capitale culturelle ou casino ? Le conseil municipal de Marseille va lancer le 9 décembre prochain le processus de réalisation d’un casino sur le J4, à côté du MUCEM. Sans doute la qualité urbanistique et culturelle de ce lieu gêne-t-elle la municipalité…

    Une pétition citoyenne à signer (avant lundi 9 décembre) pour dénoncer ce projet : http://chn.ge/18xDMND

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