Centre-ville décrépi cherche règles d’urbanisme désespérément !

ZPPAUP, AVAP ? Ces appellations barbares ne vous disent probablement rien. Elles désignent pourtant un dispositif important mis en place par la mairie à la fin des années 90 pour garantir le respect des règles d’urbanisme dans les quartiers historiques du centre-ville.

Qu’est-ce qu’une ZPPAUP ?

Une ZPPAUP est une Zone de Protection du Patrimoine Architectural et Paysager.
Autrement dit, c’est une loi (datée de 1983) qui permet de protéger et mettre en valeur des « quartiers et sites à protéger pour des motifs d’ordre esthétique ou historique ».

Les quatre ZPPAUP que compte Marseille

Marseille compte quatre ZPPAUP :

• Belsunce
(juin 1997)
• Panier
(septembre 1997)
• Chapitres-Noailles-Canebière-Opéra-Thiers
(septembre 1999)
• République-Joliette
(avril 2002)

A partir de la loi du 12 juillet 2010, les ZPPAUP sont devenues des Aires de Mise en Valeur de l’Architecture et du Patrimoine (AVAP). Les principes fondamentaux des AVAP demeurent les mêmes que ceux des ZPPAUP, si ce n’est que les enjeux environnementaux devront être mieux pris en compte (gestion optimale du foncier, économie d’énergie…).

La transformation des ZPPAUP existantes nécessitera leur révision en AVAP dans le délai de 5 ans à compter de l’entrée en vigueur de la loi dite « Grenelle 2 », soit le 14 juillet 2015. A défaut, il sera fait retour au régime antérieur à la ZPPAUP (réintroduction des périmètres de protection de 500m de rayon, s’il en existait auparavant)

A Marseille, la situation s’est dégradée…

Cela fait bientôt 15 ans que les premières ZPPAUP ont été lancées à Marseille et leurs effets se font toujours attendre. La situation s’est au contraire dégradée sur plusieurs grands axes où la réglementation est totalement bafouée. Les façades sont recouvertes d’objets en tout genre (paraboles, climatiseurs…) et les vitrines des magasins rivalisent de laideur. L’exemple le plus frappant concerne la rue de Rome. En quelques années, cette artère importante du centre ville est tombée en totale décrépitude.

La rue de Rome a connu de meilleurs jours…

Outre les balafres infligées par la lente installation du tramway, plusieurs enseignes de renom telles que Voisin, Guy Degrenne, Whimsy, Virgin ou Casa ont plié bagages laissant place à une nuée de magasins bon marché. L’ouragan/raz-de-marée « low-cost » n’a pas altéré uniquement la qualité des produits proposés, il a aussi fait des ravages sur les devantures. La rue de Rome, sans être chic, présentait il y a encore quelques années, des vitrines tout à fait convenables. Aujourd’hui, le laid côtoie l’horrible dans l’indifférence totale des pouvoirs publics. Une fois le tram livré, tout changera nous dit-on. Vraiment ?

Même constat dans le quartier de Belsunce, sur le cours Lieutaud et sur le boulevard de la Libération, où des commerces d’un autre genre mais tout aussi peu esthétiques continuent de fleurir (snacks, taxiphones…).

La Canebière aussi semble se moquer des règles d’urbanisme…

Dans le rapport de présentation de la ZPPAUP Chapitre-Noailles-Canebière-Opéra-Thiers datant de novembre 1998, il est stipulé que : « La ZPPAUP a pour objectif de permettre l’installation de commerces tout en protégeant l’architecture des immeubles dans lesquels ils sont installés. »

Les principes de composition des devantures y sont clairement définis :
– Alignements vertical des trumeaux
– Respect de la ligne des linteaux
– Continuité des matériaux et modénatures

Il suffit de traverser les axes cités plus haut pour se rendre compte que ces prescriptions sont totalement ignorées. Sur la rue de Rome, la majorité des magasins « low-cost » ont ouvert après la mise en place de la ZPPAUP en 1999. Pour quelle raison la ville leur a-t-elle accordé l’autorisation d’ouvrir alors qu’ils n’étaient pas en règle ?

Pour rappel, les enseignes dans la ZPPAUP sont soumises à l’autorisation du maire après avis de l’Architecte des Bâtiments de France, conformément à l’article 17 de la loi de 1979 et aux articles 8, 9, 10, 11, 12 et 13 du décret N°82-211 du 24 février 1982 portant règlement national des enseignes.

Notre cher maire a donc des supers pouvoirs dont il ne fait jamais usage.

Pour quelle raison ?

Réponse de la ville…

Nous avons posé la question à Mme Solange Biaggi, adjointe au maire chargée du commerce, de l’artisanat, des professions libérales et du centre-ville. Sa réponse est disponible ici sur son blog.

Selon elle, la présence de plusieurs propriétaires sur une même artère rend la tâche particulièrement difficile. C’est pourtant le cas de figure le plus répandu à Marseille et partout en France. Ailleurs l’application de la règlementation ne semble pas poser de problème. Pourquoi en serait-il autrement ici ? L’exception marseillaise une fois de plus ?

Mme Biaggi nous apprend aussi que la ville à mis en place un Fond d’intervention au soutien et à l’action commerciale (FISAC) financé à 50% par la mairie et à 50% par l’Etat. C’est tout à fait louable mais pourquoi avoir attendu que la situation se dégrade ? Pourquoi ne pas avoir agi en amont ? Si la réglementation avait été rigoureusement appliquée, la majorité de ces magasins n’auraient pas obtenu l’autorisation d’ouvrir. En tout cas, pas sous cette forme là. Et la ville n’aurait pas aujourd’hui à puiser dans ses caisses (alimentées par le contribuable) pour réparer ses erreurs.

Ce qui aurait pu/du être un formidable outil pour la protection et la valorisation de notre patrimoine se révèle être aujourd’hui un véritable fiasco.

La faute à qui ?

– Aux autorités publiques, en premier lieu, car elles ne se sont pas donné les moyens de leur politique. A quoi bon voter des lois si elles sont soumises au bon vouloir de ceux à qui elles doivent s’appliquer ?
– Aux nombreux marseillais qui ne respectent pas la réglementation ensuite. Mais en ont-ils simplement connaissance ?

C’est toujours la même rengaine au final, que ce soit pour la propreté, le stationnement anarchique ou tous les problèmes que nous rencontrons au quotidien dans nos rues.
La même question revient encore et toujours : y a-t-il un patron dans cette ville ?

A. T.

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Un commentaire pour Centre-ville décrépi cherche règles d’urbanisme désespérément !

  1. GOUIN cHRISTINE dit :

    Oui ya un patron: c’est du pagnolesque à souhait et ce misérable Gaudin fait bien rire avec son accent ridicule , c’est aussi un rusé mais pas dans le bon sens! et il va dire qu’il aime sa ville!…

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