Le « zéro déchet » peut-il rendre Marseille enfin propre ?

Zero Waste à San FranciscoAlors que le Contrat Local de Propreté  de MPM est en cours de déploiement, Monique Cordier, élue à Communauté Urbaine de Marseille, chargée de la Propreté et de la Gestion des déchets, affirmait récemment dans La Marseillaise (03/10/2014) : « On ne pourra pas résoudre le problème si on continue à produire autant de déchets, il faut penser réduction et tri dès l’achat du produit« . Une affirmation martelée quelques jours plus tard dans La Provence (12/10/2014), lors d’une réunion de CIQ : « La propreté de Marseille passe par la réduction de la quantité de déchets, San Francisco se donne pour objectif en 2020 zéro déchet, pourquoi pas nous ? »

Un constat : selon une étude, 90% des déchets finissant en décharges (ou dans nos rues…) sont recyclables. 90%. Concernant la nourriture, Mme Cordier rappelle que « pour le seul territoire de MPM, cela représente 20 000 tonnes par an« . Soit deux fois le poids de la Tour Eiffel ou équivalent à celui du sarcophage géant qui doit enfermer la centrale nucléaire de Tchernobyl…

Depuis 2002, rapporte le Monde, la ville américaine de San Francisco s’est fixé comme objectif le « zéro déchet » (« zero waste ») à l’horizon 2020. C’est-à-dire zéro déchet envoyé en décharge ou en incinérateur. Et 100% de recyclage. Ou pas loin. Cette année, San Francisco est parvenue à atteindre un niveau inédit de 80% de recyclage.

Les recettes utilisées sont simples et peu coûteuses :

  • Consommer moins et mieux et réutiliser ce que l’on possède déjà
  • Sacs plastiques interdits et remplacés par des sacs en papier payants
  • Bouteilles d’eau en plastique interdites dans les espaces publics (installation de points d’eau avec gobelets compostables)
  • Utilisation de 3 poubelles : verte pour le compostage, bleue pour le recyclage et noire pour les autres déchets
  • Obligation de recycler et composter tous ses déchets
  • Obligation faite aux professionnels du bâtiment de recycler 65% de leurs déchets
  • Mise en place d’un système d’incitation financière assorti de contrôles (et d’éventuels avertissements)

Concrètement, le « zero waste » permet de valoriser le déchet. Ainsi, fini les couteux incinérateurs (on a vu ce que va nous coûter – y compris du point de vue de la santé – celui de Fos). Les matériaux recyclés vont aussi rapporter de l’argent à la municipalité et l’absence de décharge permet de réduire considérablement la pollution. Et puis l’objectif fixé permet aussi d’agir à la source en limitant au maximum les industriels à utiliser des emballages en polystyrène et cellophane.

Mais un tel système peut-il aider à combattre la saleté, chronique dans notre ville ?

Inévitablement, l’objectif « zero waste » sensibilise les citoyens. L’obligation – assortie d’avertissements voire de pénalités suivies d’amendes salées (plusieurs centaines de dollars) – permet notamment de motiver les plus récalcitrants ou les plus fainéant et donc de rendre le principe crédible. Avec le risque d’être accusé de « police environnementale » comme ce fut le cas au moment où la municipalité commençait à rendre nombre d’incitations au recyclage obligatoire.

 Alors, quel impact sur nos rues, sur notre environnement ?

Il suffit d’aller jeter un œil du côté de nos conteneurs MPM pour découvrir la quantité énorme de déchets non recyclés. Une imagerie d’Épinal version Marseille que nous ne verrions plus – ou presque plus, soyons réalistes – en cas d’adoption d’un programme aussi ambitieux et courageux que celui de San Francisco.

Combien de fois avez-vous vu des bouteilles en verre ou des canettes métalliques dans des poubelles destinés aux déchets non recyclables ? Et ces gobelets de sodas ou ces emballages de fast-food tourbillonnants à quelques mètres de terrasses bondés en plein cœur de Marseille ? Et que dire des mégots de cigarettes qui jonchent nos plages ?

Tous ces déchets qui font la – très mauvaise – réputation de Marseille à l’échelle mondiale pourraient être recyclés, valorisés et ainsi disparaître de nos rues, de nos parcs, de notre nature.

Ainsi, comment transposer le « zero waste » américain à Marseille ?

Il existe un mouvement – Zero Waste France – un organisme indépendant qui tente réunir des particuliers comme des associations et des entreprises afin de sensibiliser la France au « zéro déchet, zéro gaspillage ».

A Marseille, on trouve, pêle-mêle, KAFOUTCH (« créations, formations, accompagnement de projets participatifs favorisant le réemploi créatif de matériaux »), RECYCLOP (« Sensibilisation, Collecte et Recyclage des mégots »), LE FRUIT DES GLANEURS (« créer et valoriser une production agricole urbaine respectueuse des cycles de la matière en minimisant son impact sur l’écologie du milieu… ») ou encore 2L Leger & Local (« Des solutions professionnelles pour réduire les déchets à la source »).

Autant d’associations ou d’entreprises militantes, certes encore trop peu nombreuses (le combat à mener est énorme et les moyens mis à disposition par les décideurs locaux, presque ridicules) et sans doute éloignées des préoccupations de nos élus (le changement de comportement envers la gestion de nos déchets sera aussi culturel) mais bien décidées à revaloriser et recycler ce qui fait tant peur aux marseillais comme aux touristes : les déchets.

Lionel Lévy, chef de l’Intercontinental Hôtel Dieu***** de Marseille, a récemment participé à une manifestation sur le Vieux-Port (organisée par l’association « Treize Événements« ) faisant l’état des lieux du gaspillage alimentaire : « Aujourd’hui, tout est jetable, même un yaourt périmé, alors qu’avant, on s’en servait pour préparer un gâteau. Cette éducation est essentielle, y compris dans les établissements haut de gamme. Chez moi, une tomate abîmée n’a pas vocation à finir à la poubelle« 

On retrouve ce discours dans les conseils de bon sens de l’assocation organisatrice : « On charge d’abord l’épicerie, puis les fruits et légumes, les laitages, les viandes et le poisson, et enfin les surgelés. De retour à la maison, on ne les range pas n’importe comment. […] Et on respecte une autre consigne fondamentale : l’ordre de consommation des produits en appliquant la règle dite du « premier entré, premier sorti« .

 Commencer dès aujourd’hui à mieux consommer et donc mieux recycler

  • Comprendre les principaux logos

Le zéro déchet.docx [Mode de compatibilité] - Microsoft Word (Échec de l’activation du produit)

  • Ce qui doit devenir une habitude

NE JETEZ RIEN SUR LA VOIE PUBLIQUE ! Des poubelles et des conteneurs sont à votre disposition et si vous n’en trouvez pas, conservez vous déchets avec vous ou s’il s’agit d’encombrants, appelez ALLO MAIRIE au 0810 813 813.

Conteneur Jaune : emballages ménagers (bouteilles, flacons, boites de conserve, cartons, aérosol, briques alimentaires…)

Conteneur Vert : verre (bouteilles, bocaux, pots SANS capsules ni bouchons)

Conteneur Bleu : papiers (journaux, magazines, prospectus…)

Conteneur Brun ou gris : déchets ménagers

Les conteneurs jaunes avec liseré bleu (fréquents en centre-ville) accueillent à la fois les emballages ménagers et les papiers

Des déchetteries (encombrants, végétaux, piles, métaux, gravats…) sont à la disposition des marseillais et MPM propose même des bacs de compostage pour maison ou appartement à des prix tout à fait raisonnables (10€).

Dans le même ordre d’idée, il existe des réserves utilises pour recycler l’eau de pluie afin d’alimenter un jardin ou même des plantes d’appartement.

  • Préférer un sac en tissus ou papier plutôt qu’un sac plastique
  • Refuser les produits sur-emballés
  • Utiliser du papier recyclé : la Boutique Écologique (18 rue du Transvaal 13004 Marseille), titulaire de l’agrément d’Entreprise Solidaire délivré par l’Etat, se présente comme un « fournisseur de solutions écologique »
  • Comme 1 litre d’encre revient plus cher qu’un litre de parfum (4 litres de pétroles sont nécessaire pour produire un toner laser), préférez les cartouches recyclables (les sociétés Prink et Cartridge, entre autres, vendent et reprennent les cartouches et toners vides mais Récup’Cartouches élargie considérablement l’offre de recyclage) plutôt que les originales. Ou, mieux : passez-vous d’imprimante !
  • Idem pour les piles et batteries avec Batribox ou les téléphones avec Bak2.
  • L’eau du robinet de Marseille est une des plus pure de France (80% Durance et 20% Verdon, tous deux alimentés par l’eau des Alpes). Mais bien des marseillais achètent encore de l’eau en bouteille dont les inconvénients sont multiples :

– Déchets supplémentaires (certes recyclables)

– Eau minérale parfois néfaste pour la santé

– Bouteille en plastique pouvant contenir des traces de pesticides voire de médicaments, parfois bourrée de Bisphénol A (BPA) et de phtalates

– Coût prohibitif

– Participation à une économie chapeautée par de grands groupes obscurs

Pourquoi ne pas tout simplement utiliser des bouteilles en verre à la maison et une gourde (sans BPA) en déplacement ?

Pas envie de trimballer l’eau avec vous mais pas envie non plus de dépenser votre argent dans un bar ? L’appli Eaupen (utilisant l’Open Data) va vous aider à trouver « les points d’eau proches de vous lorsque vous avez soif ! »

Consommer de manière raisonnée. Jeter et recycler intelligemment.

Tout est là.

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10 commentaires pour Le « zéro déchet » peut-il rendre Marseille enfin propre ?

  1. GAILDRAUD dit :

    Bonjour
    La manifestation contre le gaspillage alimentaire qui a eu lieu avec le parrainage de Lionel Levy n’a pas été organisée par De mon Assiette a ma Planète. Cette association faisait partie d’un village associatif au même titre que la FNE, INTERFEL, Banque Alimentaire.
    L.initiatrice du projet depuis 2 ans es l.association Treize Evenements dont la Présidente est Marie-Helene Gaildraud.
    Merci de rectifier

  2. Frzd dit :

    Ce qu’il faut avant toute chose changer, c’est l’éducation. Combattre la médiocrité, et les mauvais comportements disparaîtront.
    Malheureusement, à Marseille, on se repaît dans notre propre crasse depuis plusieurs siècles. Et nombre de nos édiles sont à notre image : médiocres. Une équipe municipale éduquée, civilisée, et non pas ces personages sans goût aucun, qui reflètent certes une partie de leur électorat, mais qui font montre d’une icompétence parfois hallucinante.
    Et l’autosatisfaction est leur second vilain défaut.

    • Jean Rigole dit :

      Zéro dechet à San francisco pourquoi pas Marseille?
      Parce que Marseille n’est pas San francisco, que les gens s en foutent et qu’effectivement c est une ville incapable de sortir de sa merde. Les marseillais se font maintenir la tête dans leur propre merde par des élus qui se foutent de leur gueule !

  3. Gérard Giraud dit :

    C’est une « mode » dans tout le sud de la France de jeter dans le caniveau, voire même une provocation. Combien de fois l’on constate des canettes, bouteilles plastiques et autres à quelques mètres d’une poubelle vide ! Et encore, quand on a la chance de voir les bouteilles de verres entières. Elles sont souvent brisées par des buveurs désœuvrés qui mettent visiblement un point d’honneur à éviter ostensiblement les poubelles et à salir, à casser en un mot pardonnez l’expression « emmerder » l’honnête citoyen.

    Parfois ce sont les abris-bus qui sont pris pour cible et que dont on s’acharne à remplacer les vitres sur le dos de nos impôts. Mettez un bonne fois pour toutes des parois en métal que diable ! Une caméra discrète par abris-bus pour enfin attraper ces gens et les faire réparer. De leurs mains s’ils ne sont pas solvables. En attendant ce sont les idiots comme moi qui passent leur temps à nettoyer désespérément.
    Consigner canettes, bouteilles et boissons en pack carton. C’est malheureux à dire mais toucher à l’argent des irresponsables jeteurs en tout genre sera le seul moyen d’obtenir un résultat.

  4. Gérard Giraud dit :

    Je me permets de compléter ce que je viens de dire (dommage qu’on ne puisse pas corriger les fautes de frappes sur les commentaires, enfin vous le ferez pour moi).
    Avez-vous vu l’état lamentable de la Canebière, de la Gare Saint-Charles, du cours Belsunce ?

    Avez-vous vu des agents municipaux vous dans la journée ? Hélas, Canebière, Canebière morne plaine, plaine pleine de poubelle pleines… un peu de poésie n’est pas de trop dans ce désert dégueulasse dégoulinant de déchets. Et les touristes dans tout ça que rapporteront-ils dans leurs souvenirs ?
    Moi j’habite les Olives et, en revenant chez moi, l’on m’inflige l’affligeant spectacle du métro La Rose dont les Mélias mauves sont engraissés à la Canette et aux papiers en tous genres… notamment des journaux gratuits… plaie de notre ville qui déborde. Y-a-t-il un balayeur à la station mal nommée de La Rose. Non à part les épines, circulez, regardez en l’air il y a trop à voir… par terre.

  5. Fragola dit :

    Outre que les marseillais devraient faire preuve d’un peu plus de civisme, la municipalité a une grande responsabilité sur l’état de la ville. Conteneurs vidés une seule fois par jour, agents de nettoyage brillants par leur absence, et peu ou pas d’aménagement pour jeter sa canette ou son emballage alimentaire en ville. Jusque dans les années 70, nous avions droit à des sacs poubelles en papier estampillés MARSEILLE PROPRE. Ils ont disparus malgré les hausses constantes de la taxe sur les ordures ménagères.

    • Gérard Giraud dit :

      Mais c’est encore pire que cela au sujet « des marseillais » moi je dirais d’une certaine population de marseillais qui se fait un honneur, un principe, un fierté de jeter délibérément leurs canettes au sol, dans le bus ou le reste de liquide coule et colle. C’est ça la triste vérité. Et tant qu’on ne sera pas capable de verbaliser on pourra toujours (comme c’est mon cas) pester et s’épuiser à ramasser à la place de ceux et de celles qui salissent ostensiblement, quelquefois à quelques mètres des poubelles. Témoins muets les abris-bus toujours munis de poubelles et pourtant toujours plein d’ordures.

  6. vince13008 dit :

    Plusieurs remarques après lecture de cet article :

    – Mme Cordier est certainement très sincère quand elle souhaite « la réduction de la quantité de déchets ». Mais au delà du beau discours, elle ne peut pas ignorer que la communauté urbaine et M. Gaudin ont fait le choix de signer un contrat qui nous oblige à alimenter un énorme incinérateur de plus de 400 000 tonnes de déchets par an pendant vingt ans… Voilà une puissante incitation à ne mettre en place aucune politique de réduction à la source !

    – En dehors de la prise de conscience et du civisme individuels, il faudrait aussi inciter les industriels, notamment dans l’alimentaire, à réduire les multiples emballages et suremballages dont l’utilité n’est parfois que marketing. Il ne me semble pas qu’on en prenne le chemin. Et pourquoi ne pas revenir à un système qui fonctionnait autrefois : consigner certains emballages pour inciter les consommateurs à ne pas les jeter, mais à les restituer ? Depuis une décennie, en Allemagne, les bouteilles et canettes le sont (pour un montant variant de 8 à 25 centimes selon le cas).

    – En l’absence d’incitation d’un système de consigne, je suis pour ma part plutôt pessimiste sur la possibilité d’en appeler au civisme. J’habite les « beaux quartiers », où le niveau socio-culturel moyen est censé être relativement élevé, ce qui devrait aider à la compréhension de certains enjeux économiques et écologiques. Mais j’observe – dans mon immeuble par exemple – qu’une proportion élevée de la population se fiche totalement du tri des déchets. C’en est désespérant.

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