Marseille : un grand axe piétonnier de Saint Victor à La Plaine !

Un grand axe piétonnier de Saint Victor à la Plaine !

Marseille a fait une erreur qu’elle paye cher aujourd’hui : celle d’avoir tourné le dos aux piétons jusque dans les années 2000. Une erreur d’autant plus tragique que c’est le piéton qui fait battre le cœur d’une grande ville.

La fuite des classes moyennes

Dans toutes les grandes métropoles de France et de Navarre, le piéton a été encouragé à revenir au centre des villes pour inventer de nouveaux espaces apaisés qui font la fierté des habitants et la joie des touristes qui les découvrent. A Marseille, rien de tout cela. On a longtemps considéré que le Marseillais était un Français à part, qu’il vit à l’américaine et qu’il faut lui laisser un certain espace de liberté en voiture.

Les conséquences aujourd’hui sont terribles. Les classes moyennes ont fui Marseille pour trouver un cadre de vie plus agréable à Lyon, Toulouse ou Montpellier. Et les plus fidèles se sont retranchés en périphérie où ils ne subissent pas le bruit des klaxons. Ceux-là viennent rarement en centre ville et, quand ils viennent, c’est en voiture. Faute de transports performants.

Renouveau au nord, naufrage au centre

Depuis 2013, les Marseillais ont pourtant redécouvert leur centre-nord avec la réalisation par Euroméditerranée de nouveaux aménagements entre le Vieux-Port et le Joliette. Un nouvel espace qui laisse peu de place à la voiture et qui fait la part belle à la promenade dans un cadre magnifique. Les provençaux de toutes origines sociales s’y pressent les weekends.

En marge de ce succès, le centre ville historique se retrouve à l’agonie et les commerçants se morfondent. Ils se retrouvent embourbés dans des rues encombrées par les voitures où le stationnement anarchique est plus ou moins « toléré » en raison d’un manque de moyen (et de volonté ?) de la police. S’ajoute à cela un autre fléau : la saleté, endémique, que le nouveau plan propreté n’est pas parvenu à régler. Croiser un cantonnier dans les rues du centre, c’est comme trouver un trèfle à quatre feuilles : un jour de chance. Comme si ce n’était pas suffisant, ERDF semble avoir décidé de défigurer la totalité des trottoirs, bitumés comme pavés, avant la fin de l’année. Et on peine à voir où est la coordination de MPM dans tout cela. Enfin, cerise sur le gâteau, certains individus -de rage sûrement face à l’état du centre ville- n’ont pas peur d’arracher panneaux de signalisation et potelets quand l’idée leur traverse l’esprit. Et elle le traverse souvent.

Dans ces conditions, qui pourrait bien avoir envie d’aller faire un tour au centre ville ? La vérité, c’est que les Marseillais qui ont un certain pouvoir d’achat viennent de moins en moins s’y promener, préférant les quartiers sud ou la nouvelle Joliette, quand ce n’est pas Aix ou Cassis.

Un nouvel axe attractif à dessiner

Il faut donc un sursaut. Et ce sursaut passe par une nouvelle vision pour le centre ville et un peu de volonté politique. Si on étudie attentivement la carte du centre historique, on peut voir se dessiner un grand axe de promenade, certes sous exploité, où les Marseillais déambulent naturellement pour faire du shopping en journée et la fête en soirée. Cette axe va de Saint Victor, où les bars et restaurant se multiplient, jusqu’à la Plaine, le quartier préféré des noctambules.

Si on parvenait à créer un grand espace au moins semi-piétonnier et donc attractif dans cet axe qui traverse le Cours d’Estienne d’Orves, le Vieux-Port, Opéra, Noailles et le Cours Julien, nous aurions enfin un centre ville à la hauteur des grandes métropoles européennes.

Pour cela, il ne manque pas grand-chose. Si on observe la carte ci-dessus, on réalise qu’un certain nombre de rues sont déjà piétonnes ou semi-piétonnes. Elles sont malheureusement coupées dans leur élan par des axes où les voitures circulent abondamment. Nuisances sonores et stationnement anarchique s’ensuivent. L’effet bénéfique est donc annulé. D’où l’importance de bâtir un axe piétonnier cohérent et ininterrompu.

Finir le travail de la (semi-)piétonnisation

Cette analyse semble pourtant être partagé par un bon nombre de nos élus puisqu’ils se félicitent ces jours-ci de l’apaisement récent de la rue de Rome et de son attractivité retrouvée. Ils planchent également sur la requalification de la rue Paradis… sans que l’on sache vraiment jusqu’à quel point ils oseront la pacifier.

Une fois ces axes majeurs traités, il ne resterait en réalité plus beaucoup de rues à semi-piétonniser pour achever la réalisation d’un centre piéton et semi-piéton cohérent :

– La rue Sainte pour connecter Saint Victor au centre pour les touristes et noctambules
– La rue Fort Notre Dame pour faciliter le chemin vers la Bonne Mère
– Le départ de la rue Breteuil pour embellir les abords du Vieux-Port
– Une partie de la rue Montgrand entre la rue Saint Férréol et la place Félix Baret
– Les rues Davso et Haxo (en projet mais requalification minimale prévue)
– La rue Estelle pour connecter le centre au Cours Julien
– La rue Pollak qui mène au métro de Noailles afin de lutter contre la saleté
– La rue de l’Académie, la petite sœur des rues Chateauredon et Jean Roque
– Le bout de la rue d’Aubagne à Noailles (oublié en 2013) jusqu’à la très animée Notre Dame du Mont (à requalifier aussi)
– La rue des Trois Mages qui fait le tampon festif entre le Cours Julien et la Plaine

Ces quelques aménagements pourraient transformer le visage de notre ville et impulser enfin une dynamique positive qui donnerait envie aux Marseillais de s’y réinstaller et à tous les métropolitains de venir y consommer et sortir. Un grand axe commerçant mais cinq ambiances complètement différentes, parce que c’est aussi ça qui fait l’originalité et la force de notre ville, cette capacité à nous faire voyager d’une rue à l’autre… Faut-il encore que la promenade soit facilitée.

Livraison de la L2, le dernier verrou

Avec la livraison de la rocade L2 d’ici deux ans, plus rien ne s’oppose à cette révolution piétonne. Une révolution salutaire pour nos poumons et pour le portefeuille des commerçants. A condition aussi que les parkings privés souterrains acceptent de baisser leurs tarifs. Avec le report du stationnement dont ils profiteraient, ce serait la moindre des choses. Quant à la ville, la perte de recettes subie serait largement compensée par les retombées économiques d’une ville redevenue attractive.

Enfin, si par bonheur on ajoutait à ce renouveau le projet de requalification de la Plaine et celui du glacis de Saint Victor promis aux dernières élections municipales, Marseille ne serait pas à l’abri de surclasser bien des centres villes français et européens. Avec son port, son soleil, son street-art…

Mais n’allons pas trop vite. Rêvons déjà de semi-piétonnisation ici et là, partout où c’est possible.

Il paraît que Marseille accélère.

Mathieu Grapeloup | Administrateur de Marseille à la loupe www.facebook.com/marseillealaloupe

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13 commentaires pour Marseille : un grand axe piétonnier de Saint Victor à La Plaine !

  1. France dit :

    En espérant que les élus marseillais aient lu cet article…

    • Ca en fera au moins un en tout cas 😉
      Le travail est sérieux, pas très éloigné de certaines des propositions que nous avions faites dans le cadre de notre projet lors des dernières élections municipales. Je suis en tout cas séduit par la logique de l’axe Saint-Victor/La Plaine qui, pour le coup, est une idée tout à fait originale.
      J’apporterai cependant la contribution suivante.
      Le principe semi-piéton tel que développé en hyper centre (un plateau comportant deux trottoirs en bordure et une voie unique de circulation au centre, séparés par des poteaux) est mal géré par la municipalité. Dans certains endroits, les circulations piétonnes en bordure sont inexistantes car des autorisations ont été délivrées à des bars/restaurants pour y installer une terrasse. Le piéton est donc constamment amené à venir sur la voie de circulation, surveiller si une voiture arrive… c’est l’inverse de l’effet recherché. Dand d’autres endroits, ces circulations piétonnes sont devenus des parkings à scooters et motos, avec les mêmes conséquences. Pour que ce projet prospère, je vous suggère donc d’ajouter au développement de la semi-piétonisation la condition que l’administration municipale gère correctement ces zones, ce qu’elle ne fait pas.
      Laurent Lhardit, conseiller d’arrondissement 4/5 (PS)

      • Merci infiniment pour votre contribution sur le blog ! Votre remarque est à tout à fait juste. La semi-piétonnisation telle qu’elle est pratiquée à Marseille amène souvent à des situations semi-satisfaisantes où on laisse la voiture circuler un peu partout et garder une certaine place, même sur les espaces 100% piétons car tout se mélange. Sans parler des terrasses et des scooters qui empiètent sur les trottoirs. il y a du boulot !

  2. Jean Rigole dit :

    Bien beau tout ca. Des idées.
    Mais dans une ville avec une telle inertie, et des élus qui n’ont aucun projet politique pour la ville, aucune vision en terme de développement économique et commercial du centre ville, qui subissent les bras ballants la fréquentation touristique en s’étonnant que des touristes viennent visiter Marseille (« oh des touristes avec des plans!! Oh des gens qui parlent pas français!! »), il n’y a qu’une chose a faire : l accepter ou s’en aller. Si il avait du se passer quelque chose, il se serait déjà passé qque chose. L’équipe en place depuis 20 ans a cependant réussi a faire sortir de terre des projets… Mais surtout a mettre le logo de la ville sur les projets privés des copains. Et à communiquer dessus. Regardez les gros projets privés. Il y a la plupart du temps le logo de la ville. A croire que les marseillais n y voient que du feu. Et puis on joue aussi sur les ambiguïtés entre ville et mpm. On ne sait plus trop qui fait quoi et ça arrange bien. On renvoie la balle.
    (D’ailleurs a ce sujet dans l’article, pour info, le stationnement de surface c’est la ville qui encaisse, le stationnement souterrain c’est mpm qui récupère des recettes via les concessions octroyées a Vinci et consorts… Et les tarifs des parkings souterrains ne sont pas prêts de baisser car les contrats de concession courent sur 20,30 ou 50 ans et les tarifs sont liés à ces contrats… Les élus peuvent bien pleurer et se plaindre mais ce sont eux qui signent ces contrats).
    Bref j’arrête la parce que je pourrais en rajouter des tonnes.
    En conclusion, cette ville a un potentiel énorme, un site exceptionnel, mais est pourrie de l intérieur. Un énorme gachis. Et quand on vit en vase clos dans cette ville sans aller voir ce qui se passe ailleurs, on finit par ne plus se rendre compte de ce que les élus et leurs acolytes nous font accepter au quotidien.

  3. Vollaro dit :

    Je ne sais pas si vous avez inclue la requalification du cours Jean ballard dans la semi-piétonisation de la rue breteuille, mais il me semble vraiment important de s’y attaquer, car elle fait vraiment tache à coté du vieux port et du cours Estienne d’orves.

    De façon général pour que le centre ville reprenne des couleurs il faut, en plus d’avoir enfin une chaussé de qualité, s’attaquer à fond au problème que représente les quartiers de Noailles et Belsunce qui sont actuellement de vrais repoussoirs.

    Dans le même temps continuer à transformer le vieux panier en un quartier touristique du vieux Marseille, car pas mal de touristes du Mucem sortent dans ce quartier. Il pourrait en plus faire la jointure avec le nouveau boulevard du littoral et le vieux port.

    Bref comme vous l’avez bien dit il faut absolument travailler sur ces différents quartiers qui ont le potentiel de proposer de nombreuses ambiances.

  4. J’aime beaucoup l’analyse de la ville dans cet article: je la trouve réaliste.
    Je reste encore persuadée qu’il ne faudrait pas grand chose pour faire basculer la situation. Le fond de ma pensée c’est que nous sommes à ce jour très nombreux à vouloir faire évoluer le centre ville. Mais nous sommes divisés et cette division nous nuit terriblement.
    Avec une coalition positive nous arriverons à nous faire entendre.
    Marseille Centre est aussi là pour cela, non ?

  5. dandreu dit :

    Bravo pour ces propositions pleines de bon sens et de cohérence. Le problème est avant tout celui du financement (ça coûte cher la réhabilitation urbaine !) et puis aussi celui du fonctionnement des services municipaux et communautaires qui ont chacun leurs « logiques »… Mais la réhabilitation (partielle) du Vieux Port a montré que l’on pouvait y arriver … si la volonté politique est là. Les difficultés des petits commerces du Centre Ville vont peut être (enfin) faire réagir la municipalité et la pousser à adopter un vrai plan d’ensemble pour le Centre Ville. On peut rêver .

  6. pedibus dit :

    Alors où en est-on… ça marche toujours pas…?
    http://www.pss-archi.eu/forum/viewtopic.php?pid=579015#p579015

  7. Ping : Marseille est-elle en train de devenir cool la nuit ? – Marseille à la loupe

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